Le gouvernement est irresponsable en lançant un débat sur l’identité nationale à la veille des élections régionales, croyant bien à tort pouvoir renouveler le détournement du vote FN à son profit.
Dans une année qui va voir 600 000 chômeurs supplémentaires privés d’allocations, le fait de mettre en balance identité nationale et immigration est une façon de désigner des boucs-émissaires qui ne sont en rien responsables de la crise du capitalisme financier que nous subissons. La colère de notre peuple doit se diriger toute entière vers les tenants du libre-échangisme qui démantèlent inexorablement l’industrie européenne. Il est désolant de voir Nicolas Sarkozy faire cadeau de trois milliards d’euros à Renault, se plaindre ensuite que la Clio 4 soit fabriquée en Turquie et enfin se faire réprimander par la Commission en vertu du Traité de Lisbonne proposé par le même Nicolas Sarkozy …
Est-ce que, pour autant, nous n’avons rien à dire sur l’identité nationale ? Non, nous avons beaucoup à dire au contraire. Le concept de Nation française est le fruit d’un long héritage historique qui remonte à l’empire romain et à la lente intégration à la citoyenneté des autres populations de l’empire. La France monarchique avait réuni oïl et oc, mais il demeurait une conception ethnique d’une noblesse qui aurait été l’héritière des envahisseurs germaniques vainqueurs des gallo-romains. L’abolition des privilèges pendant la nuit du 4 août 1789, la Fête de la Fédération, coupent toute référence à une origine ethnique qui pourrait s’opposer à l’égalité des citoyens. Le souverain est désormais le peuple tout entier. La souveraineté ne se partage pas avec les communautés, ni avec les religions. Comme le disait Philippe Séguin, quand on est souverain, on l’est complètement, on ne l’est pas à moitié. Exercer notre souveraineté nationale, c’est donner un contenu positif à l’identité nationale ! Et dans une République sociale, cette souveraineté doit aussi s’exercer sur les banques et les compagnies d’assurance !
Dans ces conditions, toute référence aux origines ethniques de tel ou tel citoyen français est profondément anti-républicaine. Le chemin qui va de l’immigration à la citoyenneté, c’est celui de l’intégration. L’immigration doit obéir à des règles claires, comme celles qu’avait établi Jean-Pierre Chevènement quand il était en charge de ce problème. Au lieu de respecter les règles avec humanisme et de sortir peu à peu ce problème complexe du débat électoral, la droite sarkozyste revient continuellement à la charge dans un sens répressif, en inventant de nouvelles lois et en appliquant une politique du chiffre qui est anti-humaniste par définition. L’ouverture totale des frontières, c’est l’abdication de notre souveraineté politique. La fermeture totale, c’est la négation du message universaliste des Lumières. Entre les deux, c’est à notre intelligence et à notre humanité qu’il faut nous fier.
Pour conclure sur ce débat impulsé par le gouvernement : il ne s’agit pas de désigner des catégories de Français ou de travailleurs immigrés à la vindicte populaire, il s’agit d’aller chercher les républicains dans toutes les couches de la société et de les mettre au service du progrès de notre beau pays.
Y. Guillou
En post-scriptum à cet article, voici le texte de notre camarade Laurent Sire, en réaction aux propos tenus lors du débat sur l’identité nationale à Langueux le 19 janvier ( « les Français de souche victimes d’une épuration ethnique ») , publié par le journal Ouest-France :

Dans le Télégramme, compte-rendu de ce débat de Langueux .
Première intervention : « on veut détruire la civilisation occidentale et les Français de souche. C’est de l’épuration ethnique » .
Dernière intervention : le maire de Langueux, qu’on peut remercier au passage d’avoir été absent, serait « un farouche opposant à la liberté d’expression » .
Affligeant …